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En 1986,
alors qu’il vient d’apprendre qu’il est séropositif et que le temps lui est
compté, l’artiste et cinéaste Derek Jarman entreprend de planter un jardin.
Il s’agit d’un carré de terre pierreuse entourant un cabanon de pêcheur dans
la plaine de Dungeness, dans le Kent. Au fil des années, et jusqu’à sa mort
en 1994, cet espace se remplit de fleurs, de ferraille, de bois flotté et
d’objets récupérés sur la plage toute proche. Il le baptise « Prospect
Cottage ». La vie et la mort s’y côtoient, au milieu des fleurs et des croix, faisant
de ce jardin-cimetière un lieu paradoxalement débordant de vitalité, que
Jarman lui-même qualifie à la fois d’Éden et de Gethsémani. Aujourd’hui l’un des jardins les plus visités d’Angleterre, il devient,
dans les dernières années de Jarman, le centre de sa vie et de sa création
artistique - peut-être même son œuvre la plus importante. On le retrouve en
effet dans ses films, dans ses écrits ainsi que dans ses derniers tableaux.Depuis 2010, Marco Martella dirige la revue Jardins (éditions des Pommes sauvages), une publication annuelle et thématique qui explore le jardin sous un angle philosophique, existentiel et poétique. Ses récits et essais, publiés sous son nom ou en utilisant des hétéronymes, ont été édités en français, italien, espagnol, allemand, hébreux et croate.