Partager cet article Partager
Pour inaugurer Kanal, Joëlle Tuerlinckx a choisi sa salle d’exposition: la plus souterraine, au niveau des fondations du musée. Pendant plusieurs années, elle a suivi les travaux de construction: l’extraction des eaux souterraines, le pompage vers le canal, l’élévation des murs, les martellements du chantier. Pour la première fois, elle a vu “l’espace dessiner son lieu”. C’est cette impression du premier regard posé sur l’espace qu’elle partage avec les publics. Sous l’éclairage de “Figures de Lumières”, créant un univers mêlant vrai et faux temps, et dans une composition sonore réalisée avec l’artiste Christoph Fink, Tuerlinckx conduit les visiteur·euses dans le vide de cette salle.
Pour révéler l’espace, deux systèmes d’éclairage sont utilisés: l’un répond à des paramètres muséaux, l’autre, plus théâtral, génère des effets atmosphériques où s’entrecroisent différentes temporalités et vitesses solaires. Parfois les régimes lumineux se rejoignent par coïncidence, à la manière d’éclipses, formant une chorégraphie qui convoque, souvent avec humour, le passé du lieu et ses futurs possibles.
Ponctué d’annonces et de sons d’alarme, le silence se remplit de bruits de chantier, de descriptions troublantes de l’espace et de textes de Tuerlinckx récités en plusieurs langues et par différentes voix. Cette polyphonie guide les visiteur·euses sous hypnose vers ce niveau “moins zéro” du musée, jusqu’aux fondements invisibles de son travail. Les sons de l’eau rappellent les marécages bruxellois, la proximité du canal et la porosité du lieu souterrain. Cette perméabilité brouille les frontières entre intérieur et extérieur, mais aussi entre l’œuvre et son récit. La bande sonore interpelle directement les visiteur·euses: “C’est là, Visitor, que je t’emmènerai”.
Joëlle Tuerlinckx élabore depuis les années 1980 une œuvre partant de matériaux légers et instables. Chaque œuvre est toujours étroitement liée au temps et à l’espace dans lequel elle voit le jour et à sa perception par les publics.